Marine, fondatrice de Mindfultrotter, est récemment rentrée en France après quatre ans de voyage lent à travers l’Europe et l’Asie du Sud. Semi-nomade depuis une dizaine d’années, elle propose aujourd’hui ses services en communication et en stratégie digitale aux acteurs du tourisme durable. J’ai eu la chance de m’entretenir avec elle pour discuter de son parcours, de sa vision du voyage et de ses actions de tourisme communautaire au Népal.
Sortir du cadre, en quête de liberté : les débuts du voyage lent de Marine
Marine a toujours été passionnée par la nature et l’aventure. Elle a suivi un parcours qu’on pourrait qualifier de « classique » : de bonnes études, un appartement, un copain, un emploi. Elle avait vécu à Londres, travaillé en Suisse, posé ses valises à Avignon. Bref, une vie qui correspondait aux standards de la société. Mais « il y avait quelque chose qui manquait ».
Elle s’est d’abord lancée dans un voyage en Europe de trois mois, qui a été une vraie révélation : « J’ai eu envie de repartir plus loin, plus longtemps, de ressentir cette liberté de façon plus intense », me confie Marine. Cette expérience lui a permis de mettre le doigt sur une réflexion qui mûrissait en elle depuis longtemps : sortir du cadre pour explorer des modes de vie alternatifs.

C’est donc en 2021 qu’elle prend la décision de se lancer dans un mode de vie nomade, en privilégiant le voyage bas carbone. Son objectif initial était de se rendre jusqu’en Nouvelle-Zélande, mais finalement, elle a trouvé une mission bien plus significative à ses yeux sur la route. Mais ça, on y reviendra plus tard.
Pourpréparer les trajets, elle a épluché des forums, rejoint des groupes en ligne de voyageurs bas carbone, cherché des informations sur les alternatives à l’avion : trains, ferries, voiliers, stop. Ces ressources lui ont également permis d’élargir son cercle de contacts pour répondre à ses questions.
Est-ce que ça fait peur de se lancer ? « Oui », confirme-t-elle sans hésiter. Surtout l’idée de traverser des pays en tension politique, de se demander jusqu’où elle serait prête à aller pour tenir son objectif
L’évolution des envies au gré du voyage lent
La première année, Marine avait une énorme soif de découvertes, de visites. Elle s’est déplacée beaucoup en stop, un moyen de transport idéal pour aller à la rencontre de l’autre. Le train, le bus, le voilier ont aussi fait partie des moyens de transport pour se diriger vers la Géorgie.

La deuxième année, son rythme de voyage a changé, au fur et à mesure que la fatigue physique et mentale s’installait. : « On est constamment en dehors de sa zone de confort. Il faut aller chercher des ressources d’adaptation constantes. » Marine a donc appris à écouter ses ressentis. Sa stratégie principale a été de ralentir : rester au minimum une semaine dans chaque endroit, passer au moins trois mois par pays, etc. C’est une compétence qu’elle n’avait pas vraiment développée avant : « Dans la vie ”normale”, il y a des choses à faire et il faut les faire. En voyage, il n’y a plus ces structures qui nous tiennent », explique-t-elle.
Deux ans après le départ, Marine se retrouve en Thaïlande, s’approchant de plus en plus de l’objectif d’atteindre la Nouvelle-Zélande. C’est à ce moment-là qu’une grosse remise en question surgit. Après huit mois en Inde et au Népal, le contraste est brutal : « Il y avait vraiment quelque chose qui me manquait. Je n’arrivais pas à retrouver le lien avec les personnes que je pouvais créer en Asie du Sud. »
Ce moment a été un point de bascule dans son parcours, elle s’est posé beaucoup de questions : « Ça fait deux ans que tu voyages pour aller en Nouvelle-Zélande. Est-ce que c’est toujours ce que tu veux faire ? Est-ce que tu as l’impression d’aller d’un point A à un point B sans qu’il y ait un but derrière ? J’ai réalisé que je faisais juste aller d’un point A à un point B », se rappelle-t-elle. Et plutôt que de continuer, elle a fait demi-tour. Elle a écouté ses envies : « J’avais besoin de temps pour digérer tout ce que j’avais vécu », et elle voulait retrouver ce sentiment et cette connexion aux autres qu’elle avait expérimentés, surtout au Népal.
L’Asie du Sud en 2024 : permaculture, tourisme communautaire et lutte contre le plastique
L’envie qui brûlait chez Marine, c’était donc celle de revenir aux lieux où elle s’était sentie bien, de créer des liens sociaux plus forts et de s’investir pour des causes. L’année 2024 a donc été sous le signe de formations et de l’implication. Elle s’est par exemple formée à la permaculture en Inde, et a créé un projet au Népal pour promouvoir le tourisme communautaire. Ainsi, en collaboration avec un partenaire népalais, elle a mis en place des tours immersifs pour aller aux rencontres des populations locales et vivre des expériences uniques, qui bénéficient directement à la communauté.
Qu’est-ce que le tourisme communautaire?
Contrairement au tourisme classique, où l’argent part souvent vers de grands hôtels ou des opérateurs extérieurs, le tourisme communautaire repose sur un modèle où les revenus reviennent directement aux habitants. Dans le cas des villages que Marine incluait dans ses tours, le système fonctionne ainsi : une partie de l’argent versé pour un hébergement chez l’habitant (homestay) revient à la famille hôte, une autre partie va à la communauté dans son ensemble. Cet argent collectif finance l’accès aux soins, aux routes, aux infrastructures. Ce sont des communautés reculées, souvent proches de l’autonomie, qui vivent ainsi dans des zones autrement ignorées du tourisme de masse.
L’idée du projet était donc de proposer des expériences qui sortent des circuits classiques, comme l’Everest et l’Himalaya, pour mettre en valeur d’autres territoires, d’autres modes de vie. « Le Népal a tellement plus à offrir », dit-elle.
Durant les tours immersifs, les voyageurs partagent le quotidien des familles : les repas, la cuisine, etc. L’objectif n’est pas de monter un grand business : c’est d’essayer quelque chose à taille humaine, en collaboration avec les communautés.
Pour s’assurer qu’un prestataire touristique pratique un tourisme responsable, Marine conseille de poser des questions directement à l’agence : d’où vient la nourriture servie, quels labels sont affichés (comme le label Green Key pour l’hébergement), comment l’argent est redistribué localement, quels projets communautaires sont soutenus.
Elle a également lancé une campagne contre la pollution plastique : « l’idée c’était de parcourir entre Katmandou et Pokhara pour visiter des écoles et de faciliter des ateliers sur la pollution plastique ». Cette campagne s’est déroulée en mars 2024, mais Marine l’avait en tête depuis longtemps. Pour la concrétiser, elle avait besoin d’être posée longtemps au même endroit, et c’est exactement ce qu’elle a pu faire au Népal en ralentissant le rythme.
Grâce à son expérience comme facilitatrice à fresque du climat, qui l’a d’ailleurs menée à animer une quinzaine d’ateliers dans différents pays, elle a pu créer cet atelier en collaboration avec une autre « fresqueuse » française installée au Népal. L’objectif était que le contenu soit pertinent pour la réalité du pays. Tout ça a été réalisé volontairement, car il n’y avait pas de fonds pour la campagne.

« Ce que j’ai trouvé incroyable, c’était l’impact que ça pouvait avoir sur le personnel encadrant, donc les profs, les directeurs, apprenaient beaucoup et qui étaient touchés par ça », explique Marine.
Pour en savoir plus sur cette campagne, je vous invite à consulter le site web de Marine.
Voyage lent, bas carbone et éthique : réflexions après quatre ans sur les routes
Le voyage bas carbone peut venir avec des a priori. Mais Marine a appris une chose fondamentale durant ces quatre dernières années : « Le monde est bien moins effrayant qu’on veut nous le faire croire ». Il y aura des galères, mais tout ira bien, on trouve toujours une façon de s’en sortir.
Voyager sur le long terme lui a aussi fait prendre conscience de l’importance de soigner la santé physique et mentale pour éviter le burn-out. D’écouter son corps, de savoir ralentir.

Elle a aussi pris conscience de son rôle pour contribuer au mouvement : « Quand tu as fait un voyage comme ça que tu peux en parler, tu peux diffuser l’information, tu peux faire des festivals où tu vas pouvoir délivrer le message que tu as reçu tu vois aussi pendant ton voyage, passer à la radio, etc. Du coup je pense que c’est aussi toute une responsabilité du voyageur qui est parti si longtemps qui a eu la chance – parce qu’on est privilégié de pouvoir faire ça, il faut pas l’oublier. Pour moi, c’est aussi une responsabilité de pouvoir retranscrire tout ça le retransmettre, puis peut-être provoquer des déclics aussi ».
Les projets à venir de Mindfultrotter
En rentrant de quatre ans de nomadisme, Marine a la priorité de reconnecter avec ses proches et de rebâtir son cercle social : « j’ai eu besoin de plus de stabilité, que ce soit financière, géographique ou sociale ». Parallèlement, elle développe aussi son autoentreprise dans la communication digitale, en offrant de la stratégie de communication et de la création de contenu pour des acteurs du tourisme durable, que ce soit à des agence de voyages ou à des hébergements.
Bref, un parcours sur levoyage lent et bas carbone vraiment inspirant, plein de réflexions pertinentes.
FAQ : Voyage lent, bas carbone et nomadisme
- Qu’est-ce que le voyage lent ? Le voyage lent consiste à prendre plus de temps dans chaque endroit visité, à privilégier des modes de transport moins rapides (train, ferry, stop) et à chercher à s’ancrer localement plutôt qu’à accumuler les destinations. I
- Le voyage bas carbone est-il réellement possible sur de longues distances ? Oui, avec des compromis. Le train, le bus, le stop, le voilier et le ferry permettent de traverser des continents entiers sans avion. Des ressources comme Seat61.com ou les communautés de voyageurs bas carbone (comme l’Alibi) facilitent la préparation de ces trajets.
- Comment gérer la fatigue pendant un voyage sur le long terme ? Ralentir, ne pas enchaîner les déplacements, rester plusieurs semaines dans un même endroit. La fatigue mentale est souvent liée à l’adaptation constante qu’on sous-estime.
- Qu’est-ce que le tourisme communautaire ? C’est un modèle où les revenus du tourisme reviennent directement aux habitants d’un territoire, via des hébergements chez l’habitant, des guides locaux et des systèmes de redistribution à la communauté. Il s’oppose au tourisme de masse qui concentre les bénéfices dans quelques grandes structures.
- Comment savoir si un hébergement ou une agence est vraiment responsable ? En posant des questions directement : d’où vient la nourriture, comment sont rémunérés les employés, quels labels existent (Green Key pour l’hébergement par exemple), comment l’argent est redistribué localement. Des certifications existent, mais ne remplacent pas les questions directes.
Le nomadisme est-il compatible avec un voyage bas carbone ? Oui, c’est même l’un des modèles les plus cohérents, comme le détaille Chloé dans son article sur le nomadisme responsable. En combinant la possibilité de rester longtemps à un endroit et des transports bas carbone, on réduit l’empreinte écologique !
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