Une image peut rendre un lieu très désirable, et malheureusement le détruire à terme en raison du tourisme de masse.
Mais la photographie est aussi une réponse à cet enjeu : elle peut rendre désirable le slow travel, rendre magique ce qui est près de chez nous et promouvoir les transports alternatifs.
C’est le sujet qu’on explore ce mois-ci dans notre tout nouveau podcast Com’ sur la route.
| Com’ sur la route explore comment la communication peut devenir un levier pour le tourisme durable et créer un mouvement autour du voyage autrement. Animé par Maria Camila, fondatrice du blog Aventure autrement et professionnelle de la communication, ce podcast vise à outiller les acteurs et actrices du tourisme durable et créateurs de contenu du voyage bas-carbone sur plusieurs volets de la communication. Dans le tout premier épisode du podcast Com’ sur la route, Chloé Valentin-Granchet et Robin Benzrihem, photographes professionnels, s’expriment sur l’art de la photographie et proposent des solutions pratiques pour l’utiliser dans une optique de voyage lent et conscient. |
La carte postale : l’origine de la photographie de voyage comme outil de communication
La première carte postale officiellement reconnue a été mise en circulation en Autriche-Hongrie, à Vienne, le 1er octobre 1869, sous la forme d’une « carte-correspondance ». Elle permettait d’envoyer un message bref, à moindre coût et sans enveloppe.
L’apparition des cartes postales illustrées a toutefois rapidement transformé leur usage. Les progrès de l’imprimerie, de la photographie et de la reproduction en série ont permis de diffuser des images de villes, de monuments et de paysages à grande échelle.Son rôle dans la promotion des destinations se développe dès la fin du XIXe siècle, avant de prendre une ampleur considérable avec la démocratisation des voyages au XXe siècle.

Hanovre Bahnhofstrasse, Karl F. Wunder.
circa 1898. Domaine public
La carte postale inaugure alors un mécanisme qui demeure central dans le tourisme contemporain : une destination est d’abord vue, imaginée et désirée avant même d’être visitée. Ainsi, la photographie contribue à sélectionner ce qui mérite d’être regardé. Une plage avec des personnes se reposant sur un transat, une eau turquoise, un coucher de soleil : tout est déjà cadré pour rendre un lieu désirable et attirer des touristes vers cette destination. Bref, la carte postale commence à être utilisée aussi comme outil publicitaire, avec un mécanisme qui repose sur le principe du bouche à oreille : une personne qui visite et envoie cette image d’un lieu à des proches contribue à diffuser l’idée de destination touristique.
La photographie à elle seule n’est pas la seule raison de la création d’un tourisme de masse, mais elle contribue à accélerer un système pensé pour attirer des personnes vers des lieux dans une logique de développement.
Le phénomène Instagram : des cartes postales virtuelles à profusion
Avec l’arrivée des médias sociaux, les cartes postales sont délaissées, et partager ses photos de voyage devient même une marque de statut social, un signe de réussite dans la vie. Le hic, c’est que la photographie de voyage participe à un phénomène de concentration : une publication ne répartit pas nécessairement les visiteurs dans l’ensemble d’un territoire, elle peut les orienter vers un point précis, parfois un rocher, une crique, une rue ou un belvédère. Des milliers de personnes cherchent alors à reproduire le même cadrage, allant même jusqu’à faire la file pour obtenir la photo parfaite. Pas de jugement ici, on fait également partie de celles et ceux qui vont sortir le téléphone pour immortaliser un lieu. Manon Bril a examiné le sujet en profondeur dans sa vidéo L’enfer Instagram en voyage, où elle prend part à un tour spécial photo à Bali pour analyser le comportement des personnes participantes.
Généralement, c’est parce qu’on a vu une photo qui rendait un lieu désirable qu’on a envie de s’y rendre, on vient même à considérer le lieu comme un incontournable. et on ressent du FOMO (Fear of missing out, la peur de manquer quelque chose). Une fois sur place, on copie la photo à notre tour et on la partage, ce qui rend ce lieu encore plus désirable et les algorithmes vont renforcer sa visiblité grâce aux interactions. La fréquentation va donc augmenter encore plus, souvent participant à la dégradation du lieu en question.
Cette dynamique est particulièrement sensible dans les espaces insulaires. Les îles disposent de ressources limitées et sont plus difficiles à désengorger : l’eau, les terres disponibles, les routes, la gestion des déchets et les logements y sont contraints.
Représenter le surtourisme : un contrepied intéressant
Natacha de Mathieu, à travers sa série THEATRE OF AUTHENTICITY, photographie des lieux en time-lapse sur quelques heures pour montrer l’affluence. Le résultat est impressionnant : elle privilégie les plans d’ensemble, et montre les touristes sur place, alors que la plupart des photographies de ces lieux vont faire disparaître l’humain pour ne montrer que la nature.
Crédit photo : Natacha de Mathieu Découvir le travail de Natacha de Mathieu
Une approche artistique très intéressante pour montrer la face cachée des belles photos des cartes postales et nous pousser à envisager de voyager autrement.
Rendre désirable le slow travel : pour une photographie et tourisme durable
En tant que voyageurs et voyageuses, nous pouvons tous et toutes participer à rendre désirables de nouveaux imaginaires de voyage, comme les trajets en vélo, à pied, en train ou en bateau-stop. Montrer la richesse de ces trajets, rempli d’immersion, de rencontres et d’anecdotes. Remettre le trajet au centre de l’aventure et le documenter est une belle façon d’utiliser la photographie au service d’un tourisme plus durable.
Une initiative intéressante est celle de Katie Edwards. plus de 50 000 followers sur Instagram, l’artiste fait rêver plus d’un de voyages en train : elle combine émotion, esthétique et ambiance mystérieuse pour illustrer ce qu’elle voit à travers la fenêtre de ses voyages en train. Un beau concept pour donner envie de voyager plus souvent en train!
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